Bloléquin

Quand l’avenir se prépare sous des lampes torche à Bloléquin (Reportage)

Des écoliers de Bloléquin étudiant sous des lampes torches

Photo : AIP

Bloléquin (AIP)- Canton Bougalou, dans le département de Bloléquin (Ouest, Région du Cavally), l’AIP y est après 18 kilomètres de route non bitumée, s’enfonçant dans des  nids-de-poules, sur une motocyclette. Dans cette localité non électrifiée, des centaines d’élèves étudient avec des lampes torches.

La lampe torche, la commodité la mieux partagée

Dans des maisons construites en banco comme c’est le cas en majorité dans la localité, Kouassi Delphin, sa femme et sa progéniture vivent dans une deux pièces éclairée à l’aide de lampe torche. Après le dîner, les six enfants, en classe de CP1, CE2 et CM2 à l’école primaire publique CIB1 et CIB2 de la localité, se rassemblent autour d’une table de fortune qui tient à peine. Sous un apatam fait de bambou, couvert de feuille de rameaux et érigé devant la maison, ils étudient à la lumière d’une seconde lampe torche suspendue.

Pendant que ses aînés apprennent leurs leçons, la plus jeune, Kouassi Virginie,  en classe de CP1, s’adonne à la lecture. « Apo a une jolie poupée », répète-t-elle, déconcentrant les autres.

« Depuis la classe de CP1, j’étudie avec les lampes torches que mon père recharge à l’aide de l’énergie solaire chez son ami. J’ai été admis au CM2 avec une moyenne de 7 sur 10 », déclare Kouassi Jérôme, l’un des enfants.

Tout en  déplorant le manque d’électricité publique dans le village, M. Kouassi, manœuvre de profession, fait savoir qu’à défaut de s’offrir une plaquette d’énergie solaire qui coûte en moyenne 100 000 FCFA, il se voit obligé d’assurer l’éclairage de sa maison avec la lampe torche.

Son voisin, Ouedraogo Boureima témoigne que ses quatre enfants, trois lycéens et un étudiant aujourd’hui à l’université de Ouagadougou ont étudié par le passé sous des lampes à pétrole. L’énergie à base de pétrole devenant plus coûteuse, il leur a offert des  lampes torches à l’aide desquelles, ils ont préparé leurs examens de CEPE avant de rejoindre les lycées et collèges de la ville.

Plusieurs ménages du canton Bougalou sont alimentés par des lampes torche. A certains endroits, les élèves s’attroupent le soir autour d’une  lampe tempête alimentée par des piles pour préparer leur avenir. D’autres se contentent de la lumière d’une pile de bougies câblées pour éviter la dilation rapide afin de  les conserver le plus longtemps possible.

Selon l’inspection générale de Bloléquin, l’année dernière, les deux écoles du canton CIB1 et CIB 2 ont enregistré respectivement un taux de réussite de 95% et 93,75% à l’examen du CEPE.

Le même constat dans des villages à Guiglo

A Bedi-Goazon, Deoudi-Guezon, Pohan, Nioudé, Zouhan, des villages situés à quelques encablures de Guiglo, Chef-lieu de région du Cavally dans le grand Ouest de la Côte d’Ivoire, le même constat est fait à quelques endroits, malgré l’électrification grand public.

Une centaine de ménages sont éclairés grâce à des lampes torches alimentées par des piles pour certains et d’énergie solaire pour d’autres ou encore de lampes communément appelées lampes chinoises  fonctionnant à l’aide  de chaleur.

Selon des études réalisées par Côte d’Ivoire-Energie sur la situation de l’éclairage dans la région du Cavally, 1950 ménages ont l’électricité grâce aux panneaux solaires, 2023 grâce aux lampes rechargeables et 15 villages grâce aux groupes électrogènes qui s’allument à partir de 17H.

Relativement à l’éclairage, le préfet du département, Kouakou Yao Dinar, annonce que la ville de Bloléquin bénéficiera du projet de d’électrification rurale décidé par le gouvernement. Des équipes de CI-Energie y ont déjà mené des études terrains.

Mais avant, pour répondre à la problématique de l’éclairage et aider les élèves des couches sociales défavorisées, à étudier le soir, un jeune ivoirien a inventé des cartables Solarpark ou « cartable intelligent ».

Le cartable solaire « Solarpak », une alternative ?

Des écoliers portant leur cartable multifonctionnel Solarpak

Solarpak est un cartable « Intelligent », écologique, robuste et résistant aux intempéries. Multifonctionnel et facile à utiliser, ce sac d’école capitalise le soir, la lumière du jour pour en faire une lampe-torche.

Selon l’Ivoirien Armel Koffi, l’un des fondateurs de la startup Solarpak, ce cartable est doté d’une plaquette solaire permettant de recharger sa batterie grâce aux rayons du soleil ou à la lumière du jour. Il suffit de quatre heures d’exposition au jour pour avoir plus de trois heures d’étude le soir. Le cartable Solarpak dispose de 300 lumens, résistant à l’humidité avec une batterie de 1000 mAh pour une autonomie de deux à trois heures.

« Nous voulons participer à la réalisation des objectifs de développement durable 2030 pour l’Afrique en donnant à deux millions d’élèves africains, le pouvoir d’achever leurs cursus scolaire en leur offrant la lumière pour étudier le soir et ainsi accroître leur chance d’accéder à un emploi décent », déclare-t-il lors d’un entretien avec l’AIP.
En Côte d’Ivoire, le programme d’électrification villageoise initié par le gouvernement en faveur de toutes les localités de plus de 500 habitants poursuit son cours. Un projet de construction d’une ligne de haute tension électrique devant relier, d’une part, les départements de Vavoua à Zuénoula (Centre-Ouest) et d’autre part celui de Zuénoula à Mankono et Séguéla (Nord-Ouest), destiné à électrifier 500 villages, a été lancé fin août.

(Par Simon Benjamin Bassolé)

(AIP)

bsb/cmas

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