Man

Le nombre de nos auditrices diminue au fil des années à l’IFEF de Man, selon la Directrice (Interview)

La directrice de l’IFEF de Man, Doua Irène

Photo : AIP

Man, 09 mars (AIP)-Située au quartier « Camp Séa »  sur  la route du lycée, en face de la chambre d’agriculture, l’Institution de formation et d’éducation  féminine (IFEF) de Man (Ouest, région du Tonkpi), est une structure publique  destinée prioritairement aux femmes et aux filles analphabètes ou déscolarisées. Elle présente un piètre aspect. Sa directrice, Sieko Doua Irène, au cours d’une interview accordée à l’AIP, fait ressortir les difficultés rencontrées dans l’exercice de ses fonctions. Elle évoque particulièrement l’absence de clôture, qui expose les pensionnaires aux vols et agressions, et également le manque d’intérêt des populations, causé entre autres par  l’aspect délabré de cet organe dépendant du ministère de la  Femme, de la Protection de l’Enfant et de la Solidarité.

Quelle est la mission de l’IFEF de Man ?

L’IFEF de Man a pour mission de former toutes les jeunes filles, toutes les femmes qui désirent apprendre quelque chose, qui veulent apprendre la couture, la pâtisserie, le crochet, la broderie etc, quelle que soit leur fonction. Qu’elles soient déscolarisées ou dans les  bureaux, elles sont toutes les bienvenues à l’IFEF. Nous formons à plein temps comme par session de formation. Cela veut dire que les femmes qui travaillent, qui veulent connaître autre chose en dehors de leur domaine de compétence, peuvent selon leur disponibilité venir nous solliciter pour apprendre une de nos disciplines.

L’inscription pour la couture est à 5000 francs CFA et la formation dure trois ans. Celle de la pâtisserie est à 10 000 francs et se fait sur deux ans. Il faut payer 5000 pour l’alphabétisation et elle se fait également en deux ans. Il y a également l’informatique qui se fait à 10 000 francs sur trois à quatre mois. Ainsi, en plus de votre formation de base qui est la pâtisserie ou la couture, vous avez automatiquement droit aux autres disciplines que sont la décoration, le crochet, la broderie etc.

Nous sortons également de l’IFEF pour aller donner des formations aux groupements féminins dans la ville de Man comme dans les villages mais depuis que je suis arrivée en  2015, nous travaillons en nombre insuffisant donc nous nous limitons seulement à la ville. Ces femmes, nous les formons périodiquement et nous profitons de l’occasion pour leur parler de l’environnement, de l’insalubrité, de l’allaitement maternel, de l’entrepreneuriat féminin et de la gestion de projets, etc.

Les femmes de Man s’intéressent-elles à l’IFEF  ?

Généralement, elles ne sont pas intéressées malgré nos sensibilisations. A la rentrée, durant les vacances,  nous faisons le tour des groupements féminins, pour leur dire que l’IFEF est là pour leur promotion, pour contribuer à leur autonomisation. L’État a formé les maitresses d’éducation  permanente que nous sommes pour venir à l’IFEF. L’État a pensé à chaque femme à travers les IFEF, mais si elles ne nous fréquentent pas, comment allons nous exister ? Nous ne sommes rien sans elles. Quand nous allons sensibiliser les femmes, elles disent oui, l’année prochaine ma fille va venir et elles ne viennent pas. Et les femmes, elles-mêmes disent ne pas avoir le temps. Comme solution, nous organisons des plateformes pour expliquer ce que nous faisons. Durant les fêtes de fin d’années, nous faisons des expositions et nous invitons toute la population et surtout les leaders féminins, pour leur montrer nos belles œuvres. Mais malgré cela, au fur et à mesure que les années passent le nombre d’auditrices à l’IFEF de Man diminue et de 2009 à 2018, nous n’avons donné la formation qu’a 210 femmes.

Directrice et auditrices de l’IFEF de Man qui travaillent dans des conditions difficiles

 Quelles sont les difficultés de l’IFEF de Man ?

Nos difficultés sont énormes et visibles d’ailleurs. On prend d’abord au niveau de notre bâtiment. Nous n’avons pas de clôture. Et des personnes passent par la cour. Vous voyez, les filles travaillent sur la terrasse et chaque année, nous sommes victimes d’agression et de vols. Une maitresse d’éducation a été victime de vol. Son sac contenant la somme de 70 000 francs CFA  a été emporté par un passant pendant qu’elle expliquait quelque chose à une dame venue prendre des renseignements. Nous sommes exposées jour et nuit. Un soir, notre gardien a été ligoté par des individus et tout notre matériel de travail a été emporté. Pour le dernier vol de nuit, machines à coudre, bouteilles de gaz et tout ce qui est appareil de pâtisserie pas très lourd, a été emporté. Les voleurs n’ont laissé que les fours, la cuisinière et les deux congélateurs.

Le bâtiment ne reflète pas l’IFEF. Il n’est pas attirant, la peinture est vieille, le toit est percé et quand il pleut, les filles sont mouillées et sont obligées de s’entasser dans un coin jusqu’à ce que la pluie cesse.

Comme nous étions à la recherche d’un endroit après la crise post-électorale, nous nous sommes contentées de ce bâtiment. Nous avons besoin d’une réhabilitation. Nous avons expliqué nos difficultés au préfet. Il nous faut une clôture pour notre sécurité. Nous avons également besoin de matériels  techniques comme didactiques.

Nous sommes entrain d’adresser un courrier aux autorités locales et à nos partenaires pour qu’ils nous viennent en aide. L’espace est assez grand et si nous avons les moyens financiers, nous pouvons construire d’autres bâtiments pour avoir une IFEF attrayante.

Concernant les auditrices, la difficulté est que quand elles finissent la formation, elles n’ont pas les moyens de s’installer. Avec nos maigres moyens et l’aide de nos partenaires, nous n’arrivons pour l’heure, à aider que les premières de promotion. Nous avons un budget de fonctionnement qui ne suffit pas.

Y a-t-il des structures privées qui vous font la concurrence ?

Nous avons  six structures qui nous font la concurrence à Man. Parmi celles-ci elles figure une Ong qui a promis faire une formation de deux à six mois aux femmes, et également de leur offrir du matériel pour leur installation. Suite à cela, de nombreuses filles ont quitté l’IFEF.

Nous avons conscience que nos auditrices, une fois la formation terminée, sont livrées à elles mêmes. Les parents n’arrivent pas à payer correctement leur scolarité et en fin de formation, nous  les mettons à la disposition  de ces mêmes parents sans moyen. C’est compliqué et donc cette année nos sommes à la recherche de fonds en vue d’apporter une solution idoine à ce problème.

Mais malgré tout, nous invitons les populations à fréquenter les IFEF car nous y donnons des formations de qualité qui peuvent contribuer à leur autonomisation et leur épanouissement. Nous avons des exemples de filles et femmes qui ont pu se prendre en charge, former d’autres jeunes , après leur passage à l’IFEF.

Quelles sont vos doléances à l’endroit des autorités?

Nous voulons que notre ministère de tutelle nous aide pour la clôture et la réhabilitation. Même si les autorités politiques ne nous voient pas, même si les natifs de Man qui ont des moyens nous oublient, nous souhaitons que le ministère de la Femme pense à nous, pour que l’IFEF de Man reflète l’image de valeur de la femme et que les populations viennent vers nous. Ce que nous faisons à l’intérieur de nos murs est beau, mais l’extérieur repousse. Nous donnons des formations de qualité à moindre coût aux femmes de différentes couches sociales.

Par ailleurs, nous ne sommes que deux maitresses d’éducation permanente ici or il en faut sept par IFEF. Cette situation nous épuise même  si nous aimons notre travail et cela réduit nos interventions au niveau des femmes rurales qui voudraient bien bénéficier de nos sessions de formation. Et donc pour l’heure  nous nous limitons à la ville de Man.

(AIP)

amak/fmo

Entretien réalisé par Marie Ange Kouassi

Chef du bureau régional AIP de Man

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