M’batto

N’gohinou, un village oublié par le développement

Photo : AIP

Dimbokro, 06 juil (AIP) – Les populations de N’gohinou, un village aux énormes potentialités agricoles, situé dans la sous-préfecture de Tiémélékro (département de M’batto, région du Moronou) vivent un véritable calvaire en raison du manque d’eau potable, d’infrastructures routières, sanitaires, de communication, donnant à la localité, l’allure d’un bourg oublié par le développement, a constaté l’AIP, lors d’une récente visite, dans la localité.

Un véritable grenier
Créé par les Agni Indénié, venus de N’zaranou, à l’avènement du chemin de fer, « N’goyo » devenu par déformation N’gohinou, compte plus de 5000 âmes. A cheval sur le Moronou et la région du N’ZI dont il dépend au plan sécuritaire, N’gohinou est un véritable grenier pour les marchés de Tiémélékro et de Dimbokro auxquels il est distant d’une trentaine de kilomètres.

Chaque jour de marché, les braves femmes de la localité inondent de café, cacao, banane plantain, ignames et bien d’autres vivriers, ces marchés, pour le bonheur des populations Agba et Agni Ahaly. Et pourtant, les habitants de ce village enclavé vivent dans une grande précarité, abandonnés à leur triste sort, au cœur d’une forêt dense, inaccessible.

« Nous ne disposons pas de routes. Aucun véhicule ne vient ici à cause de l’état piteux des pistes qui nous entourent. Pour aller à Tiémélékro dont nous dépendons et qui est distant de 14 km, il faut louer une moto à 2000 f ou y aller à vélo ou à pied. C’est pénible ! », déplore Nanan Koffi Pascal, environs 60 ans, secrétaire du chef de village Nanan Koua Djédou. Le vieil homme, les yeux rougis par la colère, lâche : « Nous sommes oubliés et laissés pour compte dans le développement du Moronou ».

Le conseil régional du Moronou, conscient de cette situation que vivent les populations de N’gohinou, a affirmé par la voix de son premier vice-président, Assiélou Fiacre, lors d’une de ses sessions, que cet état de fait résulte de la « mauvaise foi des entrepreneurs qui mettent en mal la bonne exécution des tâches dans les reprofilages des voies ». Il a promis d’y remédier cette année.

Difficile de s’approvisionner en eau potable
Outre les problèmes liés aux infrastructures routières, N’gohinou ne dispose pas d’eau potable du fait de l’absence de château d’eau, en dépit des nombreuses sollicitations. Les populations se rendent au marigot ou au puits pour avoir un seau d’eau pour le bain et la consommation.

« Nous souffrons énormément pour cette question d’eau ici. Il n’y a pas d’eau potable. Nous consommons l’eau des puits ou du marigot et sommes exposés à toutes sortes de maladies hydriques », a dit Koyé N’da Joséphine, mère de famille. Montrant son fils de deux ans, Thierry qui souffre d’anémie, le ventre ballonné, Joséphine s’active à puiser de l’eau d’un puits qu’elle porte à la bouche pour étancher sa soif, malgré les conséquences, en cette journée ensoleillée.

Quand Kassi Déborah, une jeune dame venue d’Abidjan pour une visite à ses parents, torse nu, s’active, elle aussi, à trouver un peu d’eau pour son bain. « Aidez-nous car c’est dur pour nous les femmes. Malgré les efforts de la mutuelle du village, beaucoup restent à faire. Les 4 pompes sont hors d’usage depuis des lustres par manque d’entretien », a imploré celle-ci.

La santé, l’électricité et les moyens de communications, une autre préoccupation
A ces difficultés liées à l’absence de routes et d’eau potable, le piteux état du centre de santé « Donwahi Charles », accentue le clavaire des populations. Des bâtiments en ruine, une salle d’observation des femmes après l’accouchement, abandonnée aux chauves-souris avec leur puanteur nauséabonde et leurs cris stridents. Dans la salle d’accouchement, c’est l’horreur. Des seaux et des bassines remplis d’eaux ça et là, sont disposés dans une pièce poussiéreuse où une vieille table d’accouchement noircie par la crasse, attend sa prochaine patiente.

« Les équipements de santé notamment les matelas, les seaux, et autres kits de travail ont miraculeusement disparu », a déploré le secrétaire du chef, indiquant que cela occasionne l’évacuation des porteurs de maladies bénignes vers le Centre hospitalier régional (CHR) de Dimbokro, après un détour de près de 60 km de pistes rocailleuses.

Konan Odile est la sage-femme du centre de santé. « Nous n’avons pas d’ambulance depuis plus d’un an, cette situation a occasionné la mort de dame Guessan Niamien Félicité qui devait être césarisée, lors de son évacuation le 20 avril 2018 sur le CHR de Dimbokro.

Malgré l’opération araignée qui a permis, en 1997, à N’gohinou d’être raccordé au réseau électrique, certains quartiers demeurent aujourd’hui encore dans l’obscurité et l’absence de réseau de téléphonie mobile fait de la localité une zone coupée du reste du monde.

L’engagement de la mutuelle de développement de N’gohinou (MUDENGO)
Face à ses difficultés, la mutuelle de développement de N’gohinou (MUDENGO) a décidé de prendre le taureau par les cornes pour sortir le village de sa léthargie. Ainsi, lors d’une Assemblée générale tenue récemment et qui a vu la participation de tous les fils et filles du village, le président Tanoh Oi Tanoh et son bureau ont pris l’engagement de doter leur village d’une ambulance et de restaurer le centre de santé.

« A compter de maintenant, nous allons prendre un nouvel élan en associant tous les ressortissants du village aux projets de développement. J’invite donc les fils et les filles de N’gohinou partout où ils sont, à s’unir et à œuvrer la main dans la main, pour un développement harmonieux de notre village », a exhorté Tanoh Oi Tanoh.

Un appel entendu par les mutualistes et les populations qui ont promis de s’inscrire dans la ligne de leur président. « Si nous nous entendons, nous pouvons sortir notre village de cette situation difficile. Je sais que la tâche ne sera pas facile mais j’ai bon espoir que nous réussirons ce pari », a espéré N’da Joséphine, la présidente des femmes de N’gohinou.

Avec une production annuelle de plus de 200 tonnes de café et cacao, N’gohinou est un véritable grenier, oublié par le développement.

(AIP)

ik/fmo

Par Ibrahima Komara

Chef du bureau régional de l’AIP à Dimbokro

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